La fille qui lisait dans les rêves

Le rêve est-il un outil pour forger son propre destin ? Il y a un an, j’aurais souri à ce genre de question. Aujourd’hui je connais la réponse, du moins en partie.

La station radio KLW 109.9 ne diffuse plus son talk show sur les rêves, et les principaux acteurs du drame sont sortis de ma vie ; sauf Tin Man1 et son alter ego le Clown : ils sont toujours à Los Angeles. Leurs voix, que j’aie entendues sur les ondes, résonnent encore dans mes oreilles. Je sais qu’ils ont l’intention de me tuer : j’ai détruit leur univers.

Est-ce parce que les choses n’ont jamais l’air de ce qu’elles sont que des morts suspectes sont passées inaperçues ? C’est ce qui est arrivé ; la presse est restée muette, et  les dessous de l’histoire n’ont provoqué ni enquête ni tapage. L’argent et une sorte de justice ont étouffé définitivement les scrupules, y compris les miens. Je n’ai pas eu d’autre choix.

Sur KLW 109.9, c’est l’heure de la météo.

Elle ne change pas beaucoup à Santa Monica. Cette nuit, le temps sera plutôt clair et la température tombera aux alentours de vingt degrés. Demain, les nuages se disperseront en fin de matinée et le soleil se voilera dans l’après-midi. Les températures seront chaudes, aux alentours de trente degrés. Une alerte au smog est à craindre dans la Vallée.

J’ai baissé ma vitre. Je tourne dans le quartier depuis des heures. Quelque part, là-haut, un hélicoptère décrit des cercles. Pourquoi ne vient-il pas à mon secours ?

Je suis sans nouvelles de Samira depuis hier soir. Au troisième étage du 402 Barrington Avenue, à Brentwood, les fenêtres de son appartement demeurent  tragiquement sombres.

J’aspire profondément, et je me force à rester calme. Le clown miniature, que j’ai trouvé accroché à mon rétroviseur, se balance. C’est la copie du clown peint par Edward Hopper dans Soir bleu.  Ce soir, j’ai l’impression qu’il dégage une violence et une agressivité particulières. Tout cela me paraît si sinistre, si déprimant, si dangereux,  que je ne peux même pas me résoudre à en parler.

Il y a un an, j’habitais New York, je venais d’avoir 35 ans, et je songeais à me marier avec la fille dont j’étais amoureux. Mais les choses n’ont jamais l’air de ce qu’elles sont…


1 L’homme en  fer-blanc dans le Magicien d’Oz

A propos lagalite

Écrivain français. Treize romans publiés, dont douze par PLON. Afficher tous les articles par lagalite

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